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Pour la Smart Metrology, il est toujours très intriguant de constater cette quasi-frénésie autour de la gestion d’un planning constitué de dates arbitraires. Pourquoi donc accorder autant d’importance à une opération qui n’apporte rien en matière de risque industriel ? En effet, soit l’instrument est déclaré conforme et il a été étalonné pour rien, soit il est déclaré non conforme et cette déclaration arrive trop tard. Que faire en effet de toutes les décisions qu’il a permis de prendre alors qu’il n’était plus en état de le faire, et depuis quand ?

De plus, et puisque toutes les décisions induisent des risques, quels sont les risques associés aux décisions de conformité et de non-conformité lors de la vérification des instruments de mesure. La récente norme NF ISO/CEI Guide 98-4 donne des préconisations pour l’évaluation des risques client et fournisseur. Qui l’utilise aujourd’hui ?

Par ailleurs, comment intègre-t-on le fait que l’étalonnage ne porte que sur quelques points de mesure alors que l’instrument en compte beaucoup plus ? Quid de l’effet échantillonnage lors de l’étalonnage ? Comment est-il pris en compte dans les incertitudes annoncées par les laboratoires ?

Ces quelques questions montrent bien à quel point ces actions (étalonnages/vérifications périodiques) sont loin du compte ! L’un de mes amis a témoigné récemment : « On fait de la métrologie comme nos grands-parents la faisait » ou encore, Pierre Barbier, fondateur, entre autres, du Collège Français de Métrologie qui parle, lui de « Has been métrologie ». Ce modèle qui persiste encore de nos jours est appelé à disparaître et je vais vous expliquer pourquoi. Et surtout comment la Smart Metrology lui succédera et permettra d’atteindre l’efficience industrielle…

Les étiquette de conformité qui nous rassurent …

Des petites étiquettes sur les objets nous rassurent depuis longtemps. Elles font partie de notre quotidien… Prenons deux exemples pour comprendre :

Qui peut croire que ce fabriquant de yaourt fixe au hasard, sur le seul rythme du temps que met la terre à faire le tour du soleil, la date « limite » qu’ils indiquent sur leurs produits ? Personne évidemment ! Cette date fait l’objet d’études bactériologiques qui visent à prévoir pendant combien de temps, compte-tenu de l’évolution naturelle du monde vivant qui peuple nos aliments, le produit restera sans nocivité pour le consommateur. Cette date coûte probablement des dizaines de milliers d’euros pour être estimée, probablement avec une marge de sécurité. Nous savons tous en effet, par l’expérience acquise et partagée, produit par produit, de combien, en gros, on peut la dépasser sans risquer de tomber malade. On sait aussi que le dépassement n’est pas le même pour les yaourts que pour le poisson frais … Cette date a donc un vrai sens, procure une sécurité légitime au consommateur, elle est importante à ses yeux. Qui achèterait des yaourts sans date de péremption ?

D’autres étiquettes nous donnent confiance, même si nombreux sont ceux qui ont perdu l’origine de cette confiance qui remonte à une époque où les français doutaient tout le temps. Rappelons-nous simplement qu’avant la Révolution Française, nos aïeux exigeaient : « Un roi, une loi, un poids et une mesure ! »

Dans ce cadre, et contrairement à l’exemple précédent des yaourts, la date ne garantit rien d’autre que la confiance. Le principe simple suivant lequel l’erreur de mesure est inexorable et qu’elle n’a pas de préférence a fondé la métrologie légale. Puisqu’on ne peut pas deviner la date à laquelle tel ou tel instrument qui sert aux échanges commerciaux va dériver de façon sensible, que ce soit au détriment du vendeur ou de l’acheteur, et fort du principe que les risques liés à une dérive ne sont, dans le monde des échanges commerciaux, qu’économiques[1], on peut fixer une date arbitraire de vérification, valable pour tout le monde.

Cette date n’a pas d’autres prétentions que celle de garantir la loyauté des échanges. Trop ou trop peu, on n’en meurt pas et un contrôle périodique suffit à corriger d’éventuelles anomalies. D’ailleurs, dans ce monde-là, un instrument déclaré « non conforme » ne fait l’objet d’aucune autre action que celle de sa maintenance. Pas d’exigence en termes d’études d’impact, ce qui est fait est fait …

Mais que dire des étiquettes arrivées avec l’ISO 9001 sur les instruments industriels ?

Aussi, et de façon inconsciente pour les non-initiés[2], la petite étiquette sur l’instrument semble parée de vertus quasi-identiques. Tant que la date n’est pas dépassée, comme pour le yaourt, on peut mesurer « en confiance », c’est-à-dire qu’on croit, comme dans la métrologie légale, que la mesure est juste. Malheureusement, il n’en est rien ! Un instrument parfait ne produirait pas une mesure parfaite car la qualité de cette dernière dépend de nombreux autres facteurs …

La Smart Metrology dans ce contexte …

De ce fait, les efforts du métrologue doivent être orientés vers la détection d’anomalies du processus de mesure « au plus proche de leurs survenues » plutôt que de s’évertuer à respecter un planning arbitraire qui, finalement, reflète plus l’inutilité du métrologue qu’une mise à profit de sa compétence. En effet, en visant par exemple un taux de conformité des instruments le plus élevé possible (souvent autour de 95%, voire plus), les métrologues conventionnels montrent que leur mission est non seulement très coûteuse (les instruments conformes n’auraient pas dû être vérifiés, tout comme une pièce conforme est mesurée pour rien) mais aussi inutile (car il n’a pas vu venir les 5% de problèmes qui peuvent induire des coûts très élevés pour son entreprise).

Le Smart Métrologue, lui, ne s’attache pas à respecter un planning arbitraire. Il œuvre à détecter une anomalie sur les processus de mesure au plus vite, et dès qu’elle se produit si possible. Cette anomalie doit être ensuite analysée et comprise pour être corrigée. Au final, le Smart Métrologue, qui pratique le périodicité conditionnelle (c’est-à-dire qu’il étalonne ses instruments que lorsqu’ils doutent d’eux), s’enorgueillit d’un indicateur qui lui donne 100% raison, c’est-à-dire que les instruments qu’il envoie à l’étalonnage ont effectivement un problème et qu’ils sont déclarés à 100% « non conforme ». Il s’attache également, et parallèlement, à démontrer que sa gestion de la qualité des mesures de l’entreprise est efficiente, c’est à dire qu’aucun partenaire, client ou fournisseur, ne lui reproche un problème lié à la qualité des mesures.

Ne pas subir de conséquences industrielles liées à une « non qualité de la mesure » et ne pas étalonner inutilement des instruments sont les deux mantras du Smart Métrologue. Réussir ces objectifs passe par une bonne analyse des incertitudes de mesure, donc de leurs causes. Dans ce cadre, une bonne culture statistique s’impose pour garantir des décisions pertinentes.

Jean-Michel POU

[1] Versus des risques qui peuvent être vitaux dans le monde industriel si, par exemple, le médicament est surdosé ou la pièce critique du moteur de l’avion « non conforme » au point de mettre en danger les passagers.

[2] Les « non-initiés » sont ici tous les utilisateurs d’instruments de mesure qui ne sont pas confrontés aux problématiques de la certification et la plupart des auditeurs, malheureusement…

 

Pour convaincre les acheteurs et les métrologues qu’il est possible de voir les choses sous un angle totalement différent, Deltamu, via le consortium Humantodata, a organisé le 6 juin dernier un colloque sur le sujet « Acheteur dans l’entreprise 4.0 » :

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