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Après les résolutions, les vœux !

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La Smart Metrology fait désormais partie du paysage mais elle doit faire encore beaucoup de chemin pour s’inscrire dans les pratiques.

En postface du livre « Smart Metrology, de la métrologie des instruments à la métrologie des décisions« , Elodie, le personnage central, adresse un courrier à l’ensemble des auditeurs. L’auditeur étant souvent l’un des moteurs de la progression des entreprises, elle espère leur faire comprendre la différence entre la Métrologie « telle qu’elle est » et la Métrologie « telle qu’elle devrait être ». Profitons de cette époque particulière au cours de laquelle il est d’usage de formuler des vœux pour reprendre ce courrier que chacun pourra partager aussi largement que possible. L’objectif est de toucher le plus grand nombre de personnes, auditeurs ou pas, et peut-être enfin donner le rôle qu’il mérite à ce magnifique métier !

Madame, Monsieur,

 

L’emploi est l’un des centres d’intérêt majeur de nos contemporains. Dans un monde ouvert où la compétition est devenue internationale et, de ce fait, parfois déloyale, les entreprises françaises doivent exceller pour continuer à produire la richesse nécessaire au maintien de notre système social. Que ce soit la compétitivité coût ou la compétitivité hors coût, les entreprises doivent chaque jour se remettre en cause. Pour cela, elle doit fédérer un certain nombre de ressources, internes (les collaborateurs) et externes (les partenaires, les fournisseurs).

À la fin du XXème siècle, une organisation visant à aider l’entreprise à progresser sur le chemin nécessaire de l’exigence Qualité a vu le jour. De l’ISO 9000 à l’émergence des organismes de certification en passant par les clubs « Qualité » et le COFRAC, tout un écosystème s’est développé avec une réussite mitigée. Pendant cette période, en effet, l’industrie française a subi de nombreux revers et ce constat se matérialise par le déficit excessif de la balance commerciale nationale qui ne cesse d’augmenter. En 2013, le ministre du redressement productif, Monsieur Arnaud Montebourg, dénonçait en réponse au référé 66123-1 la « qualité procédurière » contre laquelle « il convenait de lutter ».

Personnellement, je pense que vous, auditeurs, n’êtes pas les juges d’instruction, orientés « à charges », que d’aucuns décrivent parfois. Je vous considère comme des partenaires essentiels pour l’entreprise. Vous avez souvent une expertise antérieure très pointue dans tel ou tel domaine et vous êtes alors pour l’entreprise un indéniable atout. Les PME n’ont en effet pas toujours la chance de compter dans leurs effectifs des compétences très pointues dans les domaines « transverses » à son savoir-faire principal. Et dans les domaines que vous maîtrisiez moins initialement, votre expérience des audits se révèlent toujours utile pour un chef d’entreprise souvent pris par le quotidien de son organisation.

Néanmoins, j’ai pu remarquer que la métrologie, mon métier, ne vous est pas toujours très familier. Contrairement à ce que l’intuition et les pratiques classiques peuvent laisser penser, la maîtrise des mesures dépend moins de la maîtrise des instruments de mesure que de la maîtrise des autres facteurs d’influence : celui qui effectue la mesure, le milieu, le protocole de mesure, la compréhension du besoin de mesure, etc.

La métrologie est née dans un contexte légal, il y a près de deux cent ans. À l’époque, il s’agissait d’offrir aux consommateurs une garantie quant à la loyauté des valeurs mesurées. Les stratégies imaginées par l’État en ce domaine sont particulièrement pertinentes. La preuve : doutez-vous de la valeur inscrite sur la pompe à essence lorsque vous achetez du carburant ? Non ? Elle n’est pourtant pas « juste », elle est seulement « loyale », c’est-à-dire que l’inexorable erreur de mesure peut soit vous être favorable, soit être favorable à la station-service. Par ailleurs, ce risque, lié à l’erreur qui existe pour de multiples et inévitables raisons, est le même pour vous, votre voisin ou toute personne sur le territoire… De nos jours, nous acceptons ce risque implicitement parce que la question ne se pose plus alors qu’elle était prégnante à la veille de la révolution française. Nous sommes rassurés sur la qualité de la mesure « commerciale », nous ne doutons plus de sa qualité, nous la considérons comme « juste ». Or, elle ne l’est pas et ne peut pas l’être. Elle est simplement « suffisamment juste » au regard du besoin, c’est-à-dire pour fixer le prix de l’échange. Ici, c’est l‘État qui décide pour nous tous du « suffisamment juste » et l’expérience montre  qu’il a eu raison, sa stratégie fonctionne et rassure.

Or, le besoin industriel est très différent. Le risque associé à la décision de conformité d’une entité (produit ou service) est propre à chaque activité. Peut-on sincèrement appliquer la même règle pour un fabricant de bouchons de stylos que pour un motoriste de l’aéronautique. La « loyauté » est-elle suffisante lorsque nous prenons un avion ? Personnellement, et pour tout vous dire, je me moque de la loyauté lorsque je suis dans un avion. J’exige la fonctionnalité, c’est-à-dire la capacité de l’avion à atterrir, car tel est bien l’objectif partagé par tous les passagers, les personnels navigants et l’équipage. La version 2015 de l’ISO 9001 promeut les notions de « risques et opportunités ». La « vraie » métrologie, ma métrologie, la Smart Metrology, porte dans ses gènes cette question essentielle et travaille durement pour y répondre. Aujourd’hui, nous partageons le même objectif, la maîtrise des risques, le juste nécessaire et vous pouvez m’aider pour faire avancer mon entreprise sur ce chemin au potentiel élevé.

Si je vous écris ce jour, c’est parce que je connais l’écart entre la perception que beaucoup d’entre vous ont de la métrologie et ce qu’elle est vraiment. Nous sommes nombreux, pour des raisons historiques, à être restés figés dans des idées du XIXème siècle. La métrologie légale a réglé avec succès la question de la loyauté des mesures en organisant la vérification périodique des instruments et nous avons cru pouvoir copier ce modèle pour répondre à une autre question : la conformité, entendre la fonctionnalité, des entités produites. Malheureusement, les faits semblent donner raison aux pratiques actuelles car les voitures roulent et les avions volent. C’est un fait, mais le smart métrologue a compris pourquoi et il s’en insurge : ça marche parce qu’en réalité, ça « sur-marche » ! La métrologie peut permettre d’atteindre le juste nécessaire, c’est à dire l’efficience contribuant à la performance et donc à la compétitivité. La métrologie sait quand, pourquoi, où et comment faire, encore faut-il penser à le lui demander et c’est sur ce point que j’ai besoin de vous.

Il est vrai qu’une difficulté constitutive de la métrologie réside dans la compréhension des modèles statistiques et probabilistes conduisant à la quantification des risques liés aux décisions prises à partir des mesures, par exemple les fameux risques « fournisseur » et « client ». Nombreuses sont les entreprises qui ne maîtrisent pas ces modèles et on ne peut pas leur en vouloir, surtout si vous non plus n’êtes pas des praticiens avertis. Néanmoins, reconnaissez que les réponses que ces techniques apportent sont importantes. En effet, quelles décisions industrielles ne sont pas prises à partir de résultats de mesure ? Quid des risques liés aux inexorables erreurs de mesure ? Combien d’entreprises maîtrisent  ces questions, combien de fois aborde-t-on ces sujets essentiels en audit ?

Comme la métrologie industrielle est très différente de la métrologie légale, elle ne peut pas être managée avec les mêmes outils, c’est-à-dire des vérifications périodiques aux dates arbitraires, fussent-elles faites sous accréditation COFRAC. Votre rôle de partenaire pour la performance de l’entreprise que vous auditez n’est évidemment pas de répondre à sa place aux questions. En revanche, vous devez impérativement veiller à ce qu’elle se pose les bonnes questions, ce qui suffit souvent à l’orienter sur le  bon chemin. Compte-tenu de la perception des entreprises sur la fonction métrologie ces trente dernières années, il me semble que la version 2015 de l’ISO peut être le déclencheur d’une prise de conscience générale que j’appelle de mes vœux.

Sans être expert en métrologie, quelques signes facilement identifiables permettent de savoir si l’entreprise auditée maîtrise ou subit (au sens « répond aux auditeurs ») sa métrologie. En focalisant votre attention sur ces signes, vous pourrez détecter si elle doit ou non progresser sur cette compétence essentielle pour son devenir. Vous avez le pouvoir de l’orienter (je ne parle évidemment pas de la sanctionner mais de l’aider) et votre action se révélera, le cas échéant, positive dans le temps, bien plus que lorsque vous vous limitez à observer le respect de dates arbitraires (les fameux 12 ou 18 mois de périodicité) et une traçabilité « instrumentale » (les documents d’étalonnage) bien dérisoire lorsque ce sont d’autres facteurs qui entachent la qualité des mesures.

Les principaux signes sont simples. Ils tiennent en quelques mots et quelques observations. Si l’entreprise ne connait que les termes « Étalonnage », « Vérification » et « Cofrac », elle est enfermée dans un monde qui n’est pas celui de la performance. En revanche, si vous lisez des mots tels que « incertitude de mesure », « incertitude cible », « capabilité », « aptitude », « performance de la mesure », « adaptation des normes », « EMT internes  (et justifiées)», « Surveillance », « Suivi périodique », « OPPERET », « Criticité » et si vous observez des périodicités individuelles justifiées pour chaque instrument (regardez simplement le logiciel utilisé), des stratégies de surveillance dimensionnées en fonction des risques identifiés, des réflexions de bon sens quant à l’effort de hiérarchisation de la criticité des processus de mesure, donc des efforts à consacrer pour leur gestion, vous pouvez en conclure que vous avez à faire à des gens qui maîtrisent probablement le sujet. En tout cas, ils se sont posés les bonnes questions et ils sont donc dans la bonne direction. Votre action, et notamment lorsque la direction n’est pas la bonne, est de les orienter, faute de les conseiller. Une remarque suffit souvent à faire progresser et le métrologue en a souvent besoin pour se faire comprendre de sa hiérarchie qui, souvent elle aussi, ne comprend pas vraiment le rôle que le métrologue doit tenir.

En orientant l’entreprise vers des potentiels d’amélioration de sa performance, vous participez à sa pérennité, tout comme mes collègues et tous nos autres partenaires. Si je ne vous demande ni d’acquérir mes compétences, ni de juger mon travail, j’ai besoin de vous pour aider à faire évoluer mon métier. Or, ce n’est pas en continuant à regarder des plannings et des certificats d’étalonnage avec ou sans logo COFRAC que nous pourrons le faire. Attachez-vous aux quelques mots et observations « clés » que je vous ai suggérés et vous ne mettrez pas longtemps à constater les effets bénéfiques de la métrologie du XXIème siècle, de la Smart Metrology, que beaucoup de mes confrères métrologues appellent de leurs vœux. Nous avons besoin de vous !

En vous remerciant,

Respectueusement,

Élodie

L’expérience et les conseils d’Élodie sont disponibles dans le livre Smart Metrology, de la métrologie des instruments à la métrologie des décisions.

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